Allez-y, M. le Ministre ! (chronique)
Par Hakim Merabet
Enfin un ministre de la communication qui donne un coup de pied dans la fourmilière des médias ! Cela fait longtemps, très longtemps depuis qu’on attendait un responsable intervenir pour mettre de l’ordre dans ce secteur stratégique devenu un marécage de la médiocrité, de la bêtise et parfois aussi du racisme.
Profitant d’une conférence organisée jeudi par une association des journalistes sportifs, le ministre de la Communication, Mohamed Laagab a dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas de ces «médias-mensonge » qui racontent tout et n’importe quoi à longueur de colonnes et d’émissions.
Il est certes de son devoir en tant que ministre de nettoyer les écuries d’Augias dans le secteur des médias. Mais on ne peut s’empêcher de le remercier d’avoir osé briser l’omerta face à un phénomène épidémique qui écorne l’image de notre pays.
Mohamed Laagab a ainsi invité les journalistes ou les « faisant fonction», à soigner un peu leur langage. Et pour cause ! Les contenus sont parfois servis dans un langage parfois ordurier qui est aux antipodes de la dimension pédagogique que sont censés véhiculer les médias.
Le ministre a pointé à juste titre la la « légèreté des contenus produits par la presse et les médias sportifs » auxquels il a conseillé d’éviter de traiter des questions internationales dans les débats télévisés.
Le ministre a également haussé le ton contre les «concepts et le vocabulaire» utilisés par la presse et les programmes sportifs qui, a -t-il dit, portent «préjudice à l’Algérie». Plus grave encore, ces médias sportifs ont failli provoquer des « incidents diplomatiques entre les pays ».
Laagab n’a pas hésité à qualifier ces « dépassements » enregistrés dans les médias de « menace à la sécurité nationale de l’Algérie».
Ce propos peut paraitre un tantinet alarmiste aux amateurs du journalisme de caniveau et autres experts en tous genres pour qui le clash, l’indécence, et l’insolence sont érigés en sport national.
Médias-mensonge
Mais le ministre de la communication n’a fait que décrire une implacable réalité d’un secteur ouvert aux quatre vents et qui donne la parole à des individus qui n’ont ni les vertus et le fair-play du sport, encore moins l’éthique et la déontologie du métier de journaliste.
A l’arrivée, les plateaux télé chez nous sont devenus des arènes cathodiques où sont lynchés sans ménagement d’honnêtes personnes sans défense dans des émissions où le vulgaire le dispute au grossier.
La thématique de la rencontre de jeudi dernier centrée sur les «Réalités et préoccupations du secteur sportif », s’est vite transformée en un procès en règle de certains médias et journalistes sportifs coupables, de raconter des histoire se mauvais gout au lieu de se limiter à leur seul métier d’informer.
Le ministre de la communication, visiblement décidé à crever l’abcès, a invité les responsables des médias publics et privés à faire attention aux contenus et programmes diffusés et publiés.
Il a ainsi rappelé à la corporation des journalistes, notamment les médias sportifs, la nécessité de respecter les «fondamentaux» de l’éthique et de la déontologie professionnelle du journalisme, soulignant l’impératif de «promouvoir le niveau de performance médiatique sportive», à travers «le respect des nouveaux textes juridiques régissant le secteur».
Mohamed Laagab n’a pas manqué de souligner la responsabilité des journalistes et des responsables des médias nationaux d’appliquer les articles de la loi sur l’information promulguée en août 2023, de la loi sur la presse écrite et électronique et la loi sur l’activité audiovisuelle promulguée en décembre 2023.
Grogneurs de plateaux
Ces lois a-t-il dit, «fixent les cadres de l’exercice du journalisme pour les médias et le journaliste, à l’instar des articles 03, 16, 17, 20 et 35 de la loi régissant l’information, ainsi que de l’article 32 de la loi sur l’activité audiovisuelle».
En clair et en décodé, il n’est pas journaliste qui veut ! Etre journaliste implique ipso facto une responsabilité sociale et politique.
En l’occurrence et comme l’a bien signalé le ministre, le minimum syndical exigé d’un journaliste sportif est la maitrise des techniques de rédaction journalistiques ».
«(…)l’on peut renoncer, par responsabilité, à publier une information qui porte atteinte au tissu social, à la stabilité de l’Etat et ses relations avec d’autres pays», a soutenu Mohamed Laagab dans une allusion évidente à certains informations extrêmement préjudiciables au pays et à son image de marque diffusées ou publiées par certains médias.
Tout le monde a pu lire et voir de terribles exemples « d’informations» «vomies» durant cette Coupe d’Afrique de football par certains pseudos journalistes qui ont donné une pitoyable image de l’Algérie.
Maintenant que le ministre a ouvert opportunément ce fumant dossier, profitons pour mettre de l’ordre dans ce secteur qui est désormais encadré par des textes de lois qui, théoriquement, ne laissent pas la voie et ne donnent pas la voix aux plumitifs et autres grogneurs de plateaux.
Le fait que le ministre enchaine ce samedi une rencontre avec les directeurs des radios locales et des stations régionales de la télévision, laisse espérer qu’il a vraiment décidé de traquer la bêtise et la médiocrité et c’est tant mieux !
H.M
