Le Maroc cible l’Algérie à travers des pages portant les noms de régions algériennes
Ces dernières années, plusieurs pages apparues sur les réseaux sociaux portent les noms de wilayas et de régions algériennes. Elles se présentent souvent comme des plateformes locales consacrées aux préoccupations des citoyens, relayant les informations régionales et suivant au quotidien l’actualité des différentes zones du pays.
Si ces pages peuvent jouer un rôle important dans la transmission des préoccupations des citoyens et la mise en lumière des problèmes locaux, certaines suscitent néanmoins des interrogations quant aux parties qui les gèrent, à leur localisation réelle et aux objectifs poursuivis à travers les contenus publiés.
Exploiter les insuffisances pour semer le doute
Relayer les problèmes et les difficultés rencontrés par les citoyens n’est pas négatif en soi. Les médias locaux et les plateformes sociales peuvent contribuer à faire entendre les préoccupations de la population et à les porter à l’attention des responsables afin de favoriser leur prise en charge.
Toutefois, la frontière entre la critique constructive et l’exploitation négative des insuffisances apparaît lorsque la mise en avant des problèmes devient une finalité en soi et que tous les autres éléments de la réalité sont systématiquement écartés.
Une page qui publie quotidiennement des contenus consacrés aux accidents, aux crises, aux scandales, aux défaillances et aux insuffisances des services, puis revient de manière répétée sur les mêmes faits, peut progressivement donner à ses abonnés l’impression qu’une région n’est confrontée qu’aux difficultés, même lorsque la réalité est plus nuancée.
Fabriquer une perception plutôt que relater l’actualité
Lorsqu’une page sélectionne presque exclusivement les événements négatifs parmi les nombreuses actualités, positives comme négatives, d’une même ville, tout en relayant des rumeurs, des informations erronées ou des contenus fabriqués, elle peut contribuer à façonner une perception particulière de la réalité auprès de son audience.
Un incident isolé peut ainsi être présenté comme la preuve d’un échec généralisé, tandis que le comportement d’un individu peut être utilisé pour donner une image négative d’une société entière. À force de répétition, ce type de narration peut finir par transformer une perception en conviction chez certains utilisateurs.
Pourquoi utiliser les noms des wilayas et des régions algériennes ?
Le choix de noms faisant directement référence aux wilayas et aux régions algériennes n’est pas anodin. Il permet à ces pages de se donner une identité locale et de créer un sentiment de proximité avec leur audience.
Un internaute peut ainsi être davantage enclin à considérer une page portant le nom de sa wilaya ou de sa commune comme une source proche de son quotidien, parfois sans chercher à vérifier son origine, ses administrateurs ou la fiabilité des informations qu’elle diffuse.
Le contenu local constitue par ailleurs une matière particulièrement abondante : images de rues, problèmes de quartiers, témoignages de citoyens, accidents, prix, transport, hôpitaux, établissements scolaires et autres sujets du quotidien. L’exploitation de ces contenus permet à une page de construire progressivement une large communauté, sans que ses abonnés sachent nécessairement qui se trouve réellement derrière son administration ou depuis quel pays elle est gérée.
L’intelligence artificielle, nouvel outil de manipulation
Parmi les procédés susceptibles d’être utilisés par les administrateurs de ces pages figure également la production d’images et de vidéos générées ou modifiées à l’aide d’outils d’intelligence artificielle.
Ces contenus peuvent ensuite être diffusés massivement sur les réseaux sociaux afin de susciter des réactions, d’amplifier certaines perceptions et d’influencer l’opinion des internautes algériens.
Dans ce contexte, la question de l’origine réelle de certaines pages locales, de leurs modes de fonctionnement et des objectifs poursuivis à travers leur contenu mérite une attention particulière, notamment face à la circulation croissante de contenus trompeurs ou artificiellement générés sur les réseaux sociaux.
