Que voulait dire Tebboune à travers ces vers ?
« Je lui ai appris le tir à l’arc chaque jour… puis, lorsqu’il est devenu fort, il m’a tiré dessus. »
Peu de formules résument aussi fortement le paradoxe d’une relation que ces vers cités par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à la fin de sa rencontre périodique avec les représentants de la presse nationale.
Derrière cette référence poétique se trouve une histoire algérienne peu connue, celle de Mahmoud Hamra Krouha, une compétence algérienne qui a contribué, avec d’autres cadres et ingénieurs algériens, au développement des structures pétrolières d’Abou Dhabi.
Les sources algériennes officielles indiquent que l’Algérie avait alors mis à la disposition des Émirats une équipe d’ingénieurs et d’experts dirigée par Mahmoud Hamra Krouha, contribuant à la création et au développement précoce d’ADNOC et de l’industrie pétrolière émiratie. L’ambassade d’Algérie à Abou Dhabi rappelle elle-même ce rôle dans un document officiel.
Hamra Krouha occupa par la suite la fonction de directeur général d’ADNOC. Des sources historiques indiquent que l’expertise algérienne a notamment contribué à l’organisation de l’entreprise, au renforcement de ses compétences et à la formation de cadres locaux.
L’histoire prend ainsi une dimension particulière : à une époque où l’État émirati construisait ses institutions et son secteur énergétique, l’Algérie avait mis à contribution son expérience et ses compétences, notamment celles acquises au sein de Sonatrach.
Au fil des décennies, les Émirats ont construit une puissance énergétique et financière majeure, tandis qu’ADNOC est devenue un acteur mondial de premier plan. Le parcours de Mahmoud Hamra Krouha reste, quant à lui, relativement peu connu du grand public, malgré le rôle que lui attribuent plusieurs sources algériennes dans les premières étapes du développement pétrolier d’Abou Dhabi.
C’est dans ce contexte historique que les vers cités par Abdelmadjid Tebboune peuvent être compris comme une référence symbolique à la relation entre celui qui apporte son savoir-faire et celui qui en bénéficie, sans qu’il soit possible d’affirmer, sur la seule base de cette citation, qu’ils visaient explicitement une personne ou une partie déterminée.
La référence prend néanmoins une résonance particulière dans le contexte de la dégradation des relations algéro-émiraties, jusqu’à la rupture diplomatique annoncée par Alger en septembre 2026.
Au-delà de l’interprétation de la cible exacte de ces vers, leur portée politique peut être lue à travers les thèmes développés par le président Tebboune : souveraineté, autonomie de décision et défense des intérêts nationaux.
L’idée centrale est alors moins celle d’un épisode historique précis que celle d’un principe : l’Algérie peut développer des partenariats et partager son expertise, mais entend préserver son indépendance dans la conduite de ses choix politiques et économiques.
De la coopération algéro-émiratie des premières décennies de construction du secteur pétrolier aux tensions actuelles, l’histoire de Mahmoud Hamra Krouha constitue ainsi un rappel du rôle joué par les compétences algériennes dans le développement de l’industrie énergétique d’Abou Dhabi.
Les vers de Tebboune prennent dès lors une dimension symbolique : l’Algérie peut transmettre son savoir-faire et construire des partenariats, mais elle entend que ceux-ci reposent sur le respect mutuel et la souveraineté de chaque État.
